Le harcèlement sexuel est souvent perçu comme une relation entre un auteur et une victime directement visée. Pourtant, une récente décision de la Cour de cassation rappelle une réalité plus large : un collaborateur peut être considéré comme victime du seul fait d’avoir été exposé à un environnement de travail humiliant ou dégradant, même lorsque les propos ou les comportements ne lui étaient pas directement destinés. Rendue le 28 mai 2026, cette décision constitue un signal fort pour les employeurs, les dirigeants, les responsables des ressources humaines et les managers. Elle invite les organisations à dépasser la seule analyse des faits individuels pour s’intéresser également au climat de travail qui s’installe au sein des équipes.
Une évolution importante de la jurisprudence
Dans cette affaire, une salariée avait dénoncé des faits de harcèlement sexuel commis par son supérieur hiérarchique. Après une première intervention de l’employeur, celui-ci avait cessé tout comportement déplacé à son égard. En revanche, il continuait à tenir, de manière répétée, des propos à connotation sexuelle ou sexiste envers d’autres salariés, en sa présence.
La Cour de cassation a considéré que la salariée demeurait exposée à un environnement de travail humiliant, dégradant et offensant, même si elle n’était plus directement visée. L’exposition répétée à de tels comportements peut donc suffire à laisser présumer l’existence d’une situation de harcèlement sexuel.
Cette décision conduit ainsi à prendre en compte non seulement les comportements dirigés contre une personne, mais également l’environnement de travail dans lequel elle évolue.
Ce que cette décision change pour les entreprises
Cette jurisprudence rappelle que l’obligation de prévention de l’employeur ne consiste pas uniquement à réagir lorsqu’un salarié se déclare victime. Elle implique également d’identifier et de traiter les comportements susceptibles d’altérer durablement le climat de travail.
Plusieurs attitudes peuvent progressivement créer un environnement offensant pour les collaborateurs :
- les remarques sexistes répétées ;
- les plaisanteries à caractère sexuel ;
- les comportements déplacés banalisés ;
- l’absence de réaction de la hiérarchie ;
- la tolérance de pratiques pourtant inappropriées.
L’entreprise ne peut donc plus seulement s’interroger sur l’existence d’une victime directement visée. Elle doit aussi se demander quel climat elle laisse s’installer au sein de ses équipes.
Derrière un signalement se cache parfois une réalité plus complexe
Un signalement de harcèlement ne révèle pas toujours un comportement individuel isolé. Il peut également mettre en lumière des difficultés plus profondes :
- des pratiques managériales inadaptées ;
- un défaut de régulation ;
- une absence de réaction de la hiérarchie ;
- une banalisation de certains comportements ;
- un manque de repères collectifs.
C’est précisément pour cette raison qu’une enquête interne ne doit jamais être menée dans la précipitation.
Son objectif n’est pas de rechercher un responsable à tout prix. Elle vise avant tout à établir les faits avec objectivité, à comprendre le contexte dans lequel ils s’inscrivent et à permettre à l’employeur de prendre des décisions éclairées. Conduite avec méthode, impartialité et confidentialité, l’enquête interne constitue à la fois un outil d’aide à la décision et un véritable levier de prévention.
Prévenir reste plus efficace que réparer
Cette décision de la Cour de cassation rappelle que la prévention demeure la meilleure protection.
Pour limiter les risques, plusieurs actions peuvent être mises en place :
- former les managers ;
- sensibiliser régulièrement les équipes ;
- clarifier les comportements attendus dans l’entreprise ;
- mettre en place des dispositifs d’alerte accessibles ;
- actualiser régulièrement le document unique d’évaluation des risques professionnels, le DUERP ;
- créer un climat permettant à chacun de s’exprimer sans crainte de représailles.
Ces mesures contribuent à réduire les risques humains, sociaux et juridiques.
Le traitement d’un signalement ne commence pas le jour où une plainte est déposée. Il débute bien avant, dans la manière dont l’organisation fait vivre ses valeurs et ses principes de management au quotidien.
Le regard des 4 Temps du Management
Au-delà de son intérêt juridique, cette décision rappelle une réalité essentielle : la qualité du climat de travail relève d’une responsabilité collective. Le manager de proximité, les ressources humaines et la direction jouent chacun un rôle déterminant dans la prévention des comportements inappropriés.
Attendre qu’une situation se dégrade expose l’entreprise à plusieurs conséquences :
- des risques juridiques ;
- une perte de confiance envers le management ;
- une dégradation du climat social ;
- une diminution de l’engagement des équipes ;
- une atteinte durable à l’image de l’organisation.
La prévention n’est donc pas uniquement une obligation légale. Elle constitue également un véritable enjeu de management et de performance durable.
Les 5 réflexes à adopter face à un signalement
- Accueillir le signalement avec neutralité, écoute et confidentialité.
- Protéger les personnes concernées lorsque la situation l’exige.
- Conduire une enquête interne structurée, impartiale et contradictoire.
- Prendre des décisions fondées sur des faits objectivés, et non sur des suppositions.
- Renforcer les actions de prévention auprès des managers et des équipes.
À retenir
Un comportement à connotation sexuelle ou sexiste peut avoir des conséquences bien au-delà des personnes directement visées. Lorsqu’il devient répétitif ou qu’il est toléré, il peut installer un environnement de travail humiliant, dégradant ou offensant. Pour les entreprises, l’enjeu consiste donc à agir dès les premiers signaux et à ne jamais banaliser des comportements susceptibles d’altérer le climat collectif.
Référence juridique
Cour de cassation, chambre sociale, 28 mai 2026, n° 24-22.754.
Sources
- Cour de cassation, chambre sociale, 28 mai 2026, n° 24-22.754.
- Code du travail, articles L. 1153-1 et suivants.
- Ministère du Travail, Harcèlement sexuel et agissements sexistes.
- INRS, Prévenir le harcèlement sexuel et les agissements sexistes au travail.









