1. Impacts neurologiques et cognitifs d’un mauvais usage de l’IA
- Réduction de l’engagement cérébral et » dette cognitive » :
Une étude du MIT a comparé des participants rédigeant des essais sans assistance, avec un moteur de recherche, et avec ChatGPT. Le constat est sans appel : le groupe utilisant l’IA a montré l’activité cérébrale la plus faible et les moins bons scores en mémoire, langage et comportement. L’EEG des utilisateurs de ChatGPT a révélé une connectivité neuronale nettement plus faible que celle des autres groupes, suggérant un cerveau sous-exploité. En moyenne, la charge cognitive mobilisée a chuté d’environ 32 % sous assistance de l’IA, reflétant une baisse de l’effort intellectuel fourni. Les neuroscientifiques parlent ainsi d’une forme de » dette cognitive » cumulative : plus on délègue d’efforts mentaux à l’IA, moins le cerveau s’entraîne, ce qui à terme peut affaiblir les circuits du cortex préfrontal impliqués dans ces tâches. Autrement dit, l’automatisation excessive par l’IA pourrait » rouiller » certaines de nos facultés en les rendant de moins en moins sollicitées. (Cette étude du MIT a été remise en cause, (54 adultes âgés de 18 à 39 ans pendant quatre mois), d’un point de vue protocole scientifique le groupe de test groupe test est trop petit, il faudra creuser, faire valider une étude complète mais cela donne une idée de ce qui est en train de se passer.) L’originalité méthodologique de cette étude réside dans l’utilisation de l’électroencéphalographie (EEG) et du Dynamic Direct Transfer Function, plus précis qu’un EEG classique, pour mesurer en temps réel l’activité cérébrale durant les tâches de rédaction. Cette approche permet d’observer directement les flux d’informations circulant entre les différentes zones cérébrales.
- Ok, mais que ce passe-t-il d’un point de vue neurobiologiques et notamment la plasticité synaptique?
On parle ici des mécanismes cellulaires de l’apprentissage : La plasticité synaptique représente la capacité fondamentale du système nerveux à moduler l’efficacité de la transmission du signal électrique entre neurones. Ce processus neurobiologique s’articule autour de deux mécanismes principaux : la potentialisation à long terme (LTP) et la dépression à long terme (LTD). La LTP correspond à un renforcement durable de la transmission synaptique après stimulation à haute fréquence, constituant l’un des mécanismes cellulaires majeurs sous-tendant l’apprentissage et la mémoire. Les recherches en neurosciences computationnelles démontrent que l’apprentissage résulte de modifications permanentes dans la force des connexions synaptiques. Ces changements impliquent la synaptogenèse (formation de nouvelles synapses), l’élagage synaptique (élimination des connexions inefficaces), et les modifications de l’efficacité de transmission par la régulation des récepteurs AMPA et NMDA. (Les récepteurs AMPA et NMDA sont deux types de récepteurs au glutamate impliqués dans la transmission synaptique excitatrice du cerveau. Les récepteurs AMPA permettent une réponse rapide, tandis que les récepteurs NMDA, plus lents, sont essentiels à la plasticité synaptique et à la mémoire.)
- Résultat : Atrophie des connexions neuronales par manque de sollicitation :
Le cerveau fonctionne selon le principe du » use it or lose it » (s’en servir ou le perdre). Si nous cessons de faire travailler certaines fonctions cognitives, les réseaux de neurones correspondants peuvent s’atrophier. Ce phénomène a déjà été observé avec l’ » effet Google » : savoir qu’une information est facilement accessible en ligne fait que nous ne l’apprenons plus, ce qui affaiblit notre mémoire. En ne la faisant plus travailler, les réseaux neuronaux de la mémoire perdent en densité de connexions. De même, le psychiatre Z. Khan avertit que la dépendance aux IA pour trouver des réponses peut affaiblir les circuits neuronaux de la mémoire et du raisonnement, surtout chez les jeunes cerveaux en développement. Des chercheurs expriment la crainte qu’une utilisation massive des IA génératives (comme les grands modèles de langage type ChatGPT) contribue à une atrophie cognitive globale et une perte de plasticité cérébrale à long terme. Le cerveau, tel un muscle, a besoin d’exercice : si l’IA fait tout à notre place, certaines » connexions synaptiques » pourraient se détériorer faute d’usage.
- Déclin de la mémoire et de l’apprentissage :
Les mêmes études du MIT ont révélé des effets alarmants sur la mémoire des utilisateurs d’IA. 83 % des participants ayant rédigé avec l’aide de ChatGPT étaient incapables de se souvenir d’un passage qu’ils venaient pourtant d’écrire eux-mêmes. Cela suggère que l’information générée avec le soutien de l’IA n’est pas bien intégrée dans la mémoire à long terme de l’utilisateur. En effet, l’EEG de ces individus montrait de plus faibles ondes alpha et thêta, signes d’un contournement des processus profonds de mémorisation. Le cerveau » oublie » d’apprendre lorsque l’IA mâche le travail : l’utilisateur obtient un résultat final (texte, réponse) sans passer par l’effort de recherche, de synthèse ou de formulation qui consolide normalement les connaissances. Sur plusieurs mois, les chercheurs ont noté que les participants s’habituant à l’IA devenaient de plus en plus passifs et distraits, allant jusqu’à copier-coller directement les réponses de l’IA sans les reformuler. Cela renforce l’idée que la commodité immédiate qu’apporte l’IA pourrait se faire au détriment de l’apprentissage en profondeur et de la retenue des informations sur le long terme.
- Baisse de la pensée critique et de la créativité personnelle :
Un risque insidieux de l’assistance IA est de voir nos capacités de jugement critique et d’imagination s’émousser. Une étude Microsoft sur des » travailleurs du savoir » a mis en évidence une corrélation négative significative (r = -0,49) entre la fréquence d’usage des outils d’IA et le score de pensée critique des individus. En clair, plus les gens utilisaient l’IA souvent, plus leurs performances en pensée critique (évaluées selon la taxonomie de Bloom) étaient faibles. Les auteurs concluent à un phénomène de déchargement cognitif : à force de faire confiance à l’IA, l’utilisateur a tendance à accepter passivement les réponses sans les analyser, perdant l’habitude de questionner ou de douter. Ce manque d’esprit critique est d’autant plus problématique que les IA peuvent se tromper ou halluciner des réponses plausibles mais fausses. Par ailleurs, s’agissant de la créativité, lorsque tout le monde utilise les mêmes modèles génératifs pour s’inspirer, on observe une uniformisation de la pensée. Des chercheurs britanniques ont montré que si chaque auteur demande à ChatGPT d’améliorer son texte, la créativité globale du groupe diminue malgré l’amélioration individuelle de chaque texte. En effet, les histoires ou essais générés avec aide de l’IA ont tendance à se ressembler davantage et à être moins diversifiés dans leurs idées. À grande échelle, cette standardisation pourrait appauvrir l’originalité et la richesse de la production intellectuelle collective.
- La neuroplasticité
Elle permet au cerveau de se reconfigurer en réponse aux nouvelles expériences, un phénomène particulièrement actif durant les premières années de vie mais persistant tout au long de l’existence. Cette capacité d’adaptation s’avère cruciale face à l’émergence de nouveaux environnements technologiques. L’exposition à l’intelligence artificielle constitue une « nouvelle expérience omniprésente » susceptible d’induire des modifications profondes de l’architecture neuronale.Les mécanismes de plasticité homéostatique régulent globalement l’efficacité de la transmission synaptique pour maintenir l’équilibre des réseaux neuronaux. Cette régulation devient particulièrement critique lorsque les outils d’IA modifient de manière systématique les patterns d’activation cérébrale.
- Dépendance et perte d’auto- stimulation cognitive :
Les IA conversationnelles sont conçues pour être attrayantes, interactives, accommodantes. Elles peuvent créer une dépendance subtile en donnant l’illusion d’une réponse facile à toutes nos questions. Or, cette dépendance peut entraîner un désengagement réflexif : » Si une IA répond à tout, pourquoi apprendre ou réfléchir moi-même ? « . Ce piège réduit la motivation à exercer ses capacités. Une enquête de Harvard a d’ailleurs trouvé que si l’IA peut rendre des personnes plus productives, elle les rend en parallèle moins motivées dans leurs tâches. Le danger est de basculer dans une utilisation paresseuse où l’on ne mobilise plus son attention ni sa réflexion, ce qui peut aussi contribuer à la diminution de la concentration à long terme. Notons que les problèmes ne sont pas seulement cognitifs : une relation trop passive à l’IA peut aussi affecter le bien-être mental (sentiments d’isolement, d’infériorité face à la » supériorité » de l’IA, etc.), mais ces aspects psychologiques dépassent notre sujet focalisé sur le cerveau et la cognition.
Il y a donc un consensus sur le fait qu’un usage non encadré de l’IA risque d’affaiblir certaines fonctions du cerveau humain dans une mesure qu’il reste encore à établir. Comme pour un muscle, moins d’entraînement mental signifie des connexions synaptiques affaiblies, une plasticité cérébrale réduite, une mémoire moins performante, et une pensée critique émoussée. Mais le tableau n’est pas totalement sombre : l’impact de l’IA dépend largement de comment nous l’utilisons. S’en servir comme substitut de notre intelligence est délétère ; en revanche, l’utiliser comme complément ou amplificateur pourrait avoir des effets très différents.
2. Bénéfices potentiels d’un usage réfléchi de l’IA sur la cognition
Heureusement, les effets de l’IA sur le cerveau ne sont pas que négatifs. De nombreuses voix (dont je fais partie) soulignent que, bien employée, l’IA peut au contraire stimuler nos capacités mentales et nous aider à apprendre ou créer de façon inédite. Curiosité, esprit critique et initiative personnelle qui amène au développement de compétences sont les peuvent résulter d’un usage différent de l’IA. Voici comment une interaction intelligente avec l’IA pourrait développer nos compétences cognitives plutôt que de les diminuer :
- Amélioration de la créativité et de la productivité individuelle :
- Apprentissage personnalisé et développement de nouvelles compétences :
- Renforcement de la pensée critique (via l’interaction homme-IA) :
- Développement d’une métacognition accrue :
Les technologies offrent en effet des leviers inédits pour accroître nos compétences, à condition de les employer judicieusement. Lorsqu’elle est intégrée dans un processus éducatif ou créatif de manière active, l’IA peut améliorer notre productivité, notre créativité individuelle, et même encourager de nouvelles façons de penser. Les utilisateurs qui restent curieux, critiques et maîtres du jeu parviennent à faire de l’IA un amplificateur d’intelligence plutôt qu’un substitut abrutissant.
La différence tient à notre approche. Il faut former les usagers dès l’école et tout au long de la vie à une utilisation consciente et raisonnée de ces outils. Cela implique d’enseigner comment fonctionne l’IA, ses limites et biais éventuels, mais aussi comment s’en servir pour poser de bonnes questions, vérifier l’information et entraîner sa propre réflexion. Combiner le meilleur de l’humain et de la machine, et non opposer l’un à l’autre, voilà le défi de demain. Le cerveau a besoin de se développer de manière autonome pour rester en forme, tout en apprenant à collaborer avec le numérique.
Les impacts neurologiques et cognitifs de l’IA dépendront largement de la manière dont nous choisissons de l’intégrer dans nos vies. Les recherches sont encore jeunes et en pleine évolution : de nouvelles études continueront d’éclairer cette relation homme-IA. Restons donc vigilants face aux signaux d’alarme, mais aussi ouverts aux formidables possibilités qu’offre l’IA pour nous aider à penser mieux. C’est en cultivant notre esprit critique et notre soif d’apprentissage, tout en exploitant intelligemment les atouts de l’IA.
La véritable question est la suivante : à quel moment formera-t-on de manière systématique, à l’école comme en entreprise, à un usage éclairé et critique de l’intelligence artificielle ? Car en l’absence de formation, ce ne sont pas les bons réflexes qui s’installent, mais des automatismes souvent contre-productifs qui finissent par nous empêcher de tirer pleinement parti de l’IA et de notre propre cerveau.
Article rédigé par Aurélien Fenard, avec l’aide de Perplexity pour la recherche documentaire et ChatGPT 4o pour la formulation.









