pourquoi les entreprises ont tout intérêt à s’inspirer du sport

Santé, engagement, cohésion, résilience, gestion de l’énergie : loin d’être une simple activité de loisirs, le sport constitue aujourd’hui un véritable levier de performance individuelle et collective pour les organisations.

Par François SAGEOT

Dirigeant de RS Performance ,  des « 4 Temps du Management », conseiller délégué à la destination active et aux grands événements de la Ville de Vichy, ancien président de l’ANDRH Bourbonnais et président du RC Vichy Rugby.

Pendant longtemps, le sport a été considéré comme une activité relevant exclusivement de la sphère personnelle. Une pratique bénéfique pour la santé, certes, mais relativement éloignée des enjeux de performance des organisations.

Pourtant, les recherches menées ces dernières années racontent une autre histoire. Concentration, gestion du stress, qualité des relations, engagement, capacité à prendre des décisions ou encore résilience face aux difficultés : les mécanismes mobilisés dans la pratique sportive sont souvent les mêmes que ceux qui conditionnent la performance professionnelle.

La question n’est donc plus de savoir si le sport est bon pour la santé. Elle est désormais de comprendre dans quelle mesure il constitue un véritable levier de performance individuelle et collective.

La performance commence par l’énergie

Dans de nombreuses organisations, la performance est encore analysée à travers les compétences, les processus ou les objectifs. Pourtant, un facteur essentiel est souvent négligé : le niveau d’énergie disponible.

Un collaborateur compétent mais épuisé ne pourra pas mobiliser pleinement son potentiel. À l’inverse, une personne disposant d’un bon niveau d’énergie physique et mentale sera généralement plus concentrée, plus réactive et plus efficace dans la durée.

L’activité physique agit précisément sur ce levier. Selon le Baromètre 2024 du Sport en Entreprise réalisé par Harmonie Mutuelle, A.S.O. et l’Institut CSA, 94 % des salariés pratiquant une activité sportive dans le cadre professionnel reconnaissent des bénéfices sur leur santé physique et 91 % sur leur santé mentale. Plus largement, 90 % des salariés considèrent que l’activité physique contribue directement à leur bien-être.

Ces résultats confirment une réalité souvent observée sur le terrain : la performance durable ne repose pas uniquement sur les compétences ou la motivation, mais également sur la capacité à préserver et renouveler son énergie.

Le sport développe des compétences transférables

Au-delà de ses effets physiologiques, le sport constitue également un formidable terrain d’apprentissage comportemental.

Qu’il s’agisse d’un sport individuel ou collectif, la pratique régulière confronte les individus à des situations proches de celles rencontrées dans l’entreprise : fixer des objectifs, gérer l’effort dans la durée, accepter l’échec, apprendre de ses erreurs, coopérer avec d’autres ou encore maintenir son engagement malgré les difficultés.

Ces compétences figurent aujourd’hui parmi les plus recherchées dans les organisations.

Une étude menée par Goodwill Management pour le CNOSF et le MEDEF montre d’ailleurs qu’un salarié sédentaire qui adopte une pratique sportive régulière peut améliorer sa productivité de 6 à 9 %. Cette progression s’explique notamment par une meilleure concentration, une plus grande résistance au stress et une meilleure gestion de l’effort.

Cette réalité est particulièrement visible dans les sports collectifs. Au rugby, un joueur peut réaliser une excellente performance individuelle sans pour autant permettre à son équipe de gagner. À l’inverse, une équipe composée de profils complémentaires, capables de mettre leurs talents au service d’un objectif commun, obtient souvent de meilleurs résultats qu’une simple addition d’individualités.

Cette logique est finalement très proche de celle observée dans les entreprises. Les organisations les plus performantes ne sont pas nécessairement celles qui recrutent les meilleurs talents individuellement, mais celles qui parviennent à créer les conditions d’une coopération efficace.

La cohésion ne se décrète pas

Le sport présente également une autre caractéristique particulièrement intéressante pour les entreprises : il crée naturellement du lien.

Dans un environnement professionnel où les équipes sont parfois dispersées géographiquement, où le télétravail s’est développé et où les interactions informelles se raréfient, les occasions de construire une véritable cohésion deviennent plus rares.

Or la confiance, l’entraide et la coopération ne se développent pas uniquement lors des réunions ou à travers les outils collaboratifs.

Les activités sportives collectives favorisent le sentiment d’appartenance, renforcent les relations interpersonnelles et créent des expériences partagées qui facilitent ensuite les interactions professionnelles. Selon le Baromètre 2024 du Sport en Entreprise, 87 % des salariés considèrent qu’une entreprise qui encourage la pratique sportive renforce la cohésion des équipes, tandis que 83 % estiment qu’elle contribue à lutter contre l’isolement des collaborateurs.

Dans de nombreuses entreprises, les événements sportifs constituent d’ailleurs l’un des rares moments où les barrières hiérarchiques s’effacent momentanément au profit d’un objectif commun.

Le sport agit ainsi comme un accélérateur de relations humaines et de cohésion collective.

Le parallèle avec le management

Les dirigeants et managers qui pratiquent une activité sportive régulière évoquent souvent un bénéfice moins visible mais tout aussi déterminant : la capacité à prendre du recul.

L’activité physique offre un espace où l’on quitte temporairement les sollicitations permanentes, les réunions et les urgences du quotidien.

Ce temps de déconnexion favorise la réflexion, la clarification des priorités et la prise de décision.

Dans le rugby, les entraîneurs parlent souvent de la capacité à « rester dans le match » lorsque les événements deviennent défavorables. Une pénalité, un essai encaissé ou une erreur individuelle ne doivent pas faire perdre le fil du plan de jeu.

Cette aptitude à conserver de la lucidité sous pression, à se recentrer sur les fondamentaux et à continuer d’avancer malgré les difficultés constitue également une compétence essentielle dans le monde professionnel.

Les dirigeants eux-mêmes constatent ces bénéfices. Ainsi, 75 % des dirigeants ayant mis en place des dispositifs sportifs dans leur entreprise déclarent observer un impact positif sur la santé et le bien-être de leurs collaborateurs, tandis que 68 % y voient un moyen de renforcer l’esprit d’équipe.

Le sport représente ainsi un véritable terrain d’entraînement aux compétences managériales.

Une opportunité encore sous-exploitée

Malgré les bénéfices observés, le sport demeure encore relativement peu intégré dans les politiques RH de nombreuses organisations.

Le paradoxe est frappant. Alors que 58 % des salariés dont l’entreprise ne propose pas d’activité sportive souhaiteraient qu’elle le fasse, seuls 34 % des dirigeants considèrent aujourd’hui cette démarche comme prioritaire ou indispensable.

Pourtant, les études démontrent également que la pratique sportive contribue à réduire l’absentéisme, améliorer le bien-être au travail et renforcer l’attractivité employeur. Certaines études économiques évoquent même une diminution de l’absentéisme comprise entre 30 et 40 % dans les entreprises les plus engagées sur le sujet.

Au-delà des dispositifs sportifs eux-mêmes, c’est souvent toute une culture de l’équilibre, de la prévention et du développement durable de la performance qui se met progressivement en place.

Et si la performance passait aussi par le mouvement ?

Dans le rugby comme dans l’entreprise, la performance n’est jamais le fruit du hasard. Elle repose sur un équilibre subtil entre préparation, engagement, récupération, coopération et capacité d’adaptation.

Les meilleures équipes ne sont pas celles qui vivent sous tension permanente. Ce sont celles qui savent alterner les temps d’effort et les temps de récupération, les phases d’action et les phases d’analyse, les réussites et les apprentissages.

La performance durable ne se résume donc pas à travailler davantage. Elle consiste surtout à mobiliser les bonnes ressources au bon moment.

Dans un contexte où 80 % des salariés considèrent qu’une entreprise favorisant l’activité physique est également une entreprise plus performante, le sport apparaît désormais comme un véritable levier stratégique de management et non plus uniquement comme une démarche de bien-être.

Le regard du terrain

Au cours de mes accompagnements de dirigeants, de managers et de responsables RH, mais également à travers mes fonctions d’entraîneur puis de président du RC Vichy Rugby, j’ai souvent observé une réalité contre-intuitive : les personnes les plus performantes ne sont pas toujours celles qui travaillent le plus.

Ce sont généralement celles qui savent gérer leur énergie, maintenir leur engagement dans la durée, accepter les périodes de récupération et continuer à progresser malgré les difficultés.

Dans le rugby, un joueur qui s’entraîne sans jamais récupérer finit par se blesser ou par voir ses performances diminuer. Il en va souvent de même dans les organisations. La recherche permanente de performance ne peut être durable que si elle s’accompagne d’une capacité à préserver ses ressources physiques, mentales et relationnelles.

La véritable performance ne consiste donc pas à être constamment à 100 %. Elle repose davantage sur la capacité à mobiliser le bon niveau d’énergie, au bon moment, au service d’un objectif collectif partagé.

C’est probablement l’un des enseignements les plus précieux que le sport peut transmettre au monde de l’entreprise.

Sources

  • Baromètre 2024 du Sport en Entreprise – Harmonie Mutuelle, A.S.O. et Institut CSA.
  • Goodwill Management – Étude de l’impact économique de l’activité physique et sportive sur l’entreprise, le salarié et la société civile (CNOSF – MEDEF).
  • Fédération Française du Sport d’Entreprise (FFSE).
  • Ministère des Sports – Développement des activités physiques en milieu professionnel.